DFCO : Tavenot, l’antidépresseur

Après un mois de septembre noir, qui a ravivé de bien mauvais souvenirs, le DFCO semble avoir repris de l’aplomb et être capable de repartir de l’avant, en évitant la déprime qui guette le club dès que les choses vont un peu moins bien. Un enjeu crucial pour Benoît Tavenot, qui semble avoir pris la pleine mesure du travail mental à effectuer.

Benoît Tavenot bord terrain

En 5 ans, le DFCO est passé d’une 11e place de Ligue 1 à un retour au 3e échelon du foot français. Le club a enchaîné deux relégations en 3 saisons, connu 7 entraîneurs différents et de multiples allées et venues de joueurs. Loin de l’euphorie qui faisait trembler les travées de Gaston Gérard quand Benjamin Jeannot égalisait face au PSG d’un golazo historique, la déception, la colère, la rancœur puis la déprime, voire même l’indifférence se sont peu à peu accumulées comme autant de sombres nuages dans le ciel dijonnais. Au point de créer une atmosphère irrespirable. Au sein du club, où culture de la lose, manque d’exigence et propension marquée à la complainte permanente sont devenus des marques de fabrique ; mais aussi chez les supporters, parmi lesquels les encouragements ou même l’agacement légitime cèdent parfois le pas à la raillerie, au sarcasme et au négativisme, dans un réflexe d’auto-défense compréhensible – mais qui n’arrange rien.

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Cette atmosphère pesante, aussi dense qu’un brouillard d’hiver dans la capitale des Ducs, le nouveau coach Benoît Tavenot en a pris la mesure. Dans un récent entretien accordé au Bien Public, il l’évoque sans ambages : « Dès que ça s’enraye un peu, on ressent rapidement la crainte et la peur ». Mais le technicien bourguignon n’a pas attendu la mauvaise passe traversée par son équipe au mois de septembre pour faire ce constat. Dès le début de la saison, il a abordé le sujet « avec les joueurs et les personnes travaillant au club. Je ne voulais pas entendre parler des saisons écoulées, car il fallait repartir sur quelque chose de neuf ».

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Malheureusement pour Benoît Tavenot, le spectre des saisons passées est bien vite venu hanter les couloirs du centre d’entraînement, lorsqu’après un début de saison convaincant, le DFCO a enchaîné 4 matchs sans victoire et sans but, dont 3 défaites de rang. De quoi rappeler douloureusement le scénario de la saison dernière. Mais le coach dijonnais ne s’est pas laissé abattre et, après le non-match face à Niort, il a fait des choix forts. Cheick Traoré et Adama Fofana – malgré un début de saison très correct pour ce dernier – sortent du groupe. Et difficile de ne pas penser aux deux défenseurs lorsque Benoît Tavenot évoque en conférence de presse des joueurs encore marqués par les saisons précédentes, qui sombrent trop vite mentalement. En parallèle de ces ajustements, la jeunesse dijonnaise prend son envol : en plus de Yanis Chahid, titulaire indiscutable depuis le début de la saison, et de Zoran Moco, de retour de blessure, Zakaria Ariss, Axel Drouhin et même Loïc Etoga s’installent dans le groupe et grappillent du temps de jeu.

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Cette jeunesse, dont il salue autant la fraîcheur mentale que l’implication quotidienne et le talent, c’est l’autre arme dont dispose Benoît Tavenot pour éviter de voir le DFCO sombrer à nouveau dans la sinistrose et l’apathie. Une arme dont ses prédécesseurs, notamment Omar Daf, disposaient aussi mais qu’ils n’ont jamais utilisée, pour la plus grande frustration des supporters. Frustration a posteriori d’autant plus grande à l’aune de l’apport très positif de ces joueurs depuis le début de la saison. Avoir dans le groupe autant de jeunes et si peu de joueurs ayant connu les saisons passées explique-t-il le relatif regain de forme constaté depuis 2 ou 3 matchs ? Pas uniquement, sans doute, mais il y a fort à parier que cela y a contribué. Et en tout état de cause, cela démontre que Benoît Tavenot tente de gérer au mieux son effectif – trop fourni d’après-lui (et d’après nous aussi) – pour aligner la meilleure équipe sur le plan technique, tactique mais aussi mentale. Cela passe aussi par la gestion des cas individuels, comme celui de Pierre Sagna, hors des plans depuis un évènement a priori sérieux intervenu pendant la préparation qu’il lui a fait perdre définitivement la confiance du coach, ou, plus positivement, celui de Cyrique Irié, que Benoît Tavenot tente de ménager sur tous les plans, physique bien sûr, mais aussi mental, pour éviter une enflammade bien trop prématurée malgré les belles promesses affichées par le jeune ailier.

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Le coach dijonnais ne semble toutefois pas dupe : il ne s’agit pas uniquement de protéger et de mettre en confiance ses hommes. Toujours dans les colonnes du Bien Public, il explique que, la saison dernière notamment, trop de joueurs « ont été trop tranquilles », pointe le risque d’embourgeoisement et rappelle que la pression au DFCO n’est « pas très forte ». Un constat que d’autres avant lui avaient fait, parmi les supporters, mais aussi au sein du club, à l’image de Patrice Garande qui avait souvent souligné une tendance au manque de professionnalisme et d’engagement. Peut-être la méthode de Benoît Tavenot, a priori moins frontale que celle de l’ancien caennais, fonctionnera-t-elle mieux pour faire comprendre que, sans un état d’esprit positif, ambitieux et exigeant, et ce à tous les échelons, le club ne pourra pas rebondir.

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Bien entendu, il ne s’agit pas de verser dans l’excès d’optimisme, surtout après deux succès contre des adversaires nettement inférieurs sur le papier. Contrairement à la saison passée, le DFCO semble avoir réussi à enrayer rapidement la spirale négative qui menaçait de se mettre en place, mais un mauvais résultat à Nîmes raviverait certainement les inquiétudes. Par ailleurs, Benoît Tavenot a peu d’expérience au poste de n°1 et tout n’est pas parfait dans ses choix tactiques, à commencer par son entêtement avec le 4-3-3 que nous avons régulièrement évoqué dans nos debriefs. Pour autant, le coach dijonnais semble avoir pris la pleine mesure du danger psychologique qui plane sur le club à chaque rechute et tente de faire en sorte de juguler cette menace. Un travail de l’ombre mais qui est bien plus crucial qu’il n’y paraît pour l’avenir du DFCO.

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