Yanis Chahid : « J’ai beaucoup attendu ces moments-là »

Passé en un été de réserviste en Ligue 2 à titulaire indiscutable en National, Yanis Chahid a changé de dimension. Sous statut professionnel depuis le 7 mars 2022, mais sans temps de jeu la saison dernière avec Omar Daf ou Pascal Dupraz, le milieu de terrain a courbé l’échine, s’est entraîné tous les jours, en sachant qu’on ne ferait pas appel à lui. De son penalty manqué en Coupe de France à son premier but en compétition professionnelle, le jeune joueur arrivé à l’âge de 13 ans à Dijon se raconte. Avec l’ambition et l’humilité qu’on lui connaît.

Auteur du 4e but de la soirée (5-2, contre Avranches), le 25 août 2023 restera gravé à jamais dans l'esprit du n°17.

Bonjour Yanis et merci de nous accorder de ton temps pour cet entretien ! En guise de démarrage, revenons d’abord sur quelques moments clés de ta précédente saison. En effet, les supporters que nous sommes ont été frustrés de ne jamais te voir sur les feuilles de match, alors que l’équipe n’arrivait pas à sortir la tête de l’eau… En parallèle, tu avais montré de très belles choses pendant l’été. Comment as-tu vécu cette période, es-tu depuis plus critique envers toi-même ?

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« Après la prépa, j’étais très satisfait, très content de moi sur ce que j’avais pu montrer à l’ensemble du staff et aux supporters. Maintenant, oui, je m’attendais à avoir du temps de jeu en Ligue 2, et surtout au début de saison. J’ai été convoqué contre Saint-Étienne, mais ensuite Omar Daf ne m’a plus jamais rappelé avec le groupe. Forcément, j’étais très attristé et très déçu. Après, j’ai aussi pris un carton rouge en réserve, trois ou quatre journées après Saint-Étienne (il avait alors écopé trois matchs de suspension) qui m’a pénalisé un petit peu. »

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Yanis Chahid au centre d'entraînement.

À ce moment-là, te sentais-tu prêt pour la Ligue 2 ?

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« L’année dernière, je me sentais prêt oui. En tout cas mentalement. »

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Est-ce que tu as été aussi affecté que nous, par la chute si brutale et si rapide de deux divisions ?

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« Bien sûr, plus que les supporters je pense. Nous, on est acteurs, c’est sûr que quand on passe de Ligue 1 à National en si peu de temps, ça fait un gros choc émotionnel. Surtout que Dijon, c’est le club qui m’a formé, je suis là depuis que j’ai 13 ans, j’ai fait ma préformation et ma formation ici, j’allais voir les matchs en Ligue 1. J’avais ce rêve de jouer en Ligue 1 aussi un jour. »

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L’an dernier, tu enregistres 32 petites minutes de jeu face à Saint-Pryvé Saint-Hilaire en Coupe de France. On se souvient du dénouement : en dernier tireur, tu rates ton penalty, ce qui élimine Dijon de la compétition… Est-ce là le tournant de ta saison ?

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« Non, pas le tournant de ma saison. Je fais une entrée correcte, pas une bonne ni une mauvaise. On arrive au moment des penaltys. Moi, je me sentais de tirer. J’arrive en tant que cinquième tireur. Malheureusement pour moi, j’ai loupé. Mais ça a été une expérience riche. J’ai vécu pas mal de moments difficiles qui m’ont forgé mentalement. Franchement, je sais qu’avoir vécu ça aussi tôt dans ma carrière, même si je ne sais pas si elle va durer des années, ça peut que m’apporter des bénéfices pour ce qui reste à venir. »

Frappé par Yanis Chahid, l'ultime tir au but dijonnais est arrêté par Jordy Claveau, un arrêt synonyme de victoire pour les amateurs de Saint-Pryvé. (photo SPSHFC)

Derrière, si tu marques ce tir au but, ça te permet de jouer le prochain match de coupe, ça change la donne…

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« Bien sûr, mais le destin en a décidé autrement. »

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Est-ce qu’Omar Daf te rassure à ce moment-là ?

Omar Daf sur le banc du DFCO en 2022.

« Non. Certains cadres sont venus me voir en me disant que personne ne m’en voulait, que c’est les aléas du football et que ça devait se passer comme ça. Du staff, oui j’ai reçu un message de soutien du coach adjoint, Stéphane Mangione. Mais de l’entraîneur principal, non. »

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On fait un grand bon dans le temps. Tout va ensuite aller très vite, en un seul été, tu intègres l’équipe première et enchaînes cinq titularisations en autant de matchs, tu joues ton premier match en pro et marque ton premier but en compétition professionnelle… quel retour fais-tu sur cet enchaînement aussi fou qu’inespéré ?

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« J’ai beaucoup travaillé pour. Et beaucoup attendu ces moments-là. Quand ils arrivent tous en même temps, tu ressens beaucoup d’émotions. Beaucoup de fierté. Ce n’est que du plaisir au quotidien. Ici, je suis épanoui. Je pense que cela se voit sur le terrain, je joue avec le plaisir. »

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Parle-nous de ta première à Gaston-Gérard. Tu l’attendais depuis combien de temps ?

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« (Il réfléchit) Je vais dire deux ans. Même quand je n’avais pas encore signé pro, j’étais de l’autre côté, avec la réserve, je n’avais pas de contrat mais je me disais « pourquoi pas ». Si le coach te met dans le groupe un week-end, il peut très vite te faire rentrer. »

Performant cet été encore, Chahid a été lancé dans le grand bain par Benoît Tavenot.

Après, il y a ce premier but qui ressemble à une libération, face à Avranches. Est-ce pour toi une explosion d’émotions ?

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« C’est d’abord beaucoup de joie. J’étais surpris aussi. J’ai pu le faire devant ma famille, mes supporters. Les supporters, je tiens aussi à les remercier parce qu’ils m’ont beaucoup soutenu durant l’année dernière. C’est le plus beau moment de ma carrière. Depuis l’année dernière, à cette réussite, j’y croyais. Je savais qu’un jour, ça allait finir par basculer du bon côté. De par mon travail, mon investissement, dans l’hygiène de vie, sur le terrain… Je savais que ça finirait par payer. Et ici. »

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« Je savais que ça finirait par payer. Et ici. » – Yanis Chahid.

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À qui dédies-tu ce but ? Ton père ? On sait qu’il est très présent humainement et sportivement parlant (il a été coach de rugby en Fédérale 3 à Genlis) depuis ton plus jeune âge…

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« Je vais pour célébrer le but au poteau de corner avec les coéquipiers. Je ne savais plus trop où j’étais à ce moment-là, je suis hors du temps. J’ai un déclic et je pense à mon père. Finalement, je décide de lui dédier et d’aller célébrer vers lui. Mon père, c’est un peu tout. Et ma mère aussi, il ne faut pas oublier la maman quand même… Mes parents, c’est tout dans ma vie. J’ai la chance de vivre encore chez mes parents. Au quotidien, ils m’inspirent, ils m’ont tout appris, que ce soit l’éducation, le savoir-être. Ils m’ont tout donné, je me dois de tout leur rendre. Pour revenir sur mon père, c’est un peu mon exemple sur tous les aspects de la vie. »

Yanis et Karim Chahid. (photo Le Bien public)

Dans ta famille, on supporte le DFCO ?

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« (Il sourit) Oui, mon père venait déjà souvent quand je jouais en réserve. Après, les matchs même à la télé oui, tout le monde regarde, que ce soit ma mère, mon père, ma petite sœur ou mon grand frère. »

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On vient d’évoquer ce premier but, marqué de la tête… On a souvent entendu dire que ton gabarit (1,62 m) pouvait pouvait être un obstacle à ta progression. Aujourd’hui, est-ce que tu en as fait ta force ?

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« J’essaie. Je veux montrer à tout le monde que cela ne me porte pas préjudice et que justement, c’est peut-être un atout qui pourra me démarquer des autres. En tout cas, moi, je joue sans complexe. Physiquement, j’essaie de montrer que je ne me fais pas bouger et qu’on n’a pas besoin d’être très grand pour avoir la grinta. »

Yanis Chahid au duel avec un ancien de la réserve du DFCO, Mehdi Boussaïd.

Dans un passé assez proche, tu jouais un cran plus haut, en numéro 10 derrière l’attaquant. Est-ce que ce rôle de meneur de jeu en retrait à la relance te plaît ? Est-ce adapté à tes qualités ?

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« Ça dépend avec quel coach. En N3, je jouais parfois 6, parfois 10. J’aime ce poste de premier relanceur, c’est le poste dans lequel j’ai été formé et qui, pour moi, me correspond le plus. Je suis très à l’aise et je pense apporter plus à l’équipe dans ce rôle. »

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« J’aime ce poste de premier relanceur » – Yanis Chahid

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Est-ce que le coach Tavenot te cadre beaucoup sur le terrain ou te laisse-t-il beaucoup de liberté ?

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« Cela varie en fonction des matchs. Parfois, il me donne un rôle différent du match précédent. Quand on a le ballon, il me demande d’être un peu plus haut, derrière les 6 adverses, comme contre Villefranche. Je descendais un peu moins bas pour toucher les ballons. Parfois, il me laisse une totale liberté et je peux redescendre vraiment bas en tant que premier relanceur. Mais franchement, que ce soit moi ou les autres joueurs, outre les consignes, le coach nous laisse pas mal de libertés. »

Benoît Tavenot a donné des responsabilités au jeune homme, qui le lui rend bien.

Tu l’as mentionné dans les médias, c’est une fierté que d’avoir réussi à signer professionnel dans ton club. Mais qui sont les joueurs qui t’ont inspiré à Dijon ? Ou ailleurs ?

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« Je pense à Mehdi Abeid et Naïm Sliti. Mais mon modèle, c’est Thiago Alcantara (aujourd’hui à Liverpool). C’est un joueur qui est souvent blessé mais quand il joue, il fait des gros matchs. Et Ngolo Kanté aussi. »

Mehdi Abeid (en arrière-plan) et Naïm Sliti. (photo Le Bien public)

Dans le vestiaire, quel type de joueur es-tu ?

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« Je suis une personne qui aime bien écouter. J’emmagasine un maximum de conseils qu’on peut me donner, j’aime bien parler avec Daniel (Congré), c’est plus lui qui a la parole dans le vestiaire. J’écoute et j’essaie de faire ce qu’on dit sur le terrain. »

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Depuis que tu as expérimenté les deux, quelles différences notes-tu entre le N3 et le N1 ?

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« L’intensité, c’est évident. Mais techniquement aussi. Entre le N3 et la N1, il y a un gros décalage quand même. »

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Aujourd’hui, quand tu jettes un coup d’œil en arrière, que dirais-tu au petit Yanis qui arrive à 13 ans à Dijon ?

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« « Crois en tes rêves ». Quand t’es dedans, quand t’es acteur, tu passes par des moments difficiles, de doute : je me répète toujours « crois en toi, ne doute jamais ». Ça ne sert à rien de stresser et de voir trop loin, il faut vivre le moment présent et profiter un maximum. Je n’ai que des bons souvenirs ici. Évidemment, pour réussir, il faut travailler plus que les autres. C’est ça qui fait la différence. Pour moi, je n’ai pas encore réussi. Je veux jouer le plus possible, enchaîner les titularisations et être le plus de fois décisif, faire une saison pleine collectivement et individuellement. Là, on pourra parler de réussite. »

Yanis Chahid avec les jeunes du DFCO.

Depuis le début de la saison, tu as souvent été associé à Rayan Souici au milieu. Vous donnez l’impression de bien vous comprendre pendant les matchs !

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« Que ce soit avec Jordan (Marié) ou Rayan (Souici), on a une très bonne entente en dehors et sur le terrain. On s’entraide beaucoup, que ce soit pour le placement, ou pour des bases, réussir nos transversales à l’entraînement. On s’aide mutuellement au quotidien. »

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Maintenant, ta mission est de ramener Dijon un peu plus à sa place, en Ligue 2…

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« On ne va pas s’enflammer. Comme disait le président, on ne va pas se porter la poisse. Sans le dire à voix haute, l’objectif est de remonter le plus rapidement possible. »

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Enfin, as-tu un message à faire passer aux supporters, aux amoureux du club ? Quand on voit Lenny Montfort chanter en compagnie des Lingon’s boys, cette fusion entre les fans et les joueurs réchauffe les cœurs après tant de tumultes autour du club…

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« Qu’ils ne s’inquiètent pas. Qu’on va tout faire pour le club. On les remercie pour ce qu’ils font pour le DFCO. Je l’ai un peu vécu après mon premier but, quand Souleymane (Cissé) me prend sur ses épaules. Ce sont des émotions fortes. Chaque week-end, on a envie de les revivre. On ne peut les trouver ces sensations que dans la victoire, même si les supporters sont là à n’importe quel moment. »

Adoré par uAcclamé par le public dijonnais, le milieu de terrain ne s'enflamme pas et sait qu'il reste beaucoup de chemin à parcourir.ne bonne partie du public dijonnais, le milieu de terrain sait qu'il reste du chemin à parcourir.

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