Nous n’avons peut-être pas à chercher bien loin pour trouver les talents de demain ! S’il veut perdurer et progresser dans l’univers très compétitif du football professionnel, le DFCO se doit d’avoir un coup d’avance et de faire émerger lui-même ses futurs cadres en Ligue 2. Chose que le directeur du centre de formation Stéphane Roche ne sait que trop bien.

Plus que jamais, la formation de footballeurs pour le niveau professionnel devient un enjeu majeur pour un club comme Dijon. Alors que la crise des droits TV perdure et que les moyens des clubs de Ligue 2 sont très restreints, former et faire mûrir de jeunes hommes doués et fiables pour l’équipe première est essentiel pour faire perdurer ses valeurs, être compétitif et moins dépendant du marché des transferts ou d’un actionnaire mécène.
Alors que la génération finaliste de Gambardella en 2025 commence à franchir ce palier, le DFCO donne de plus en plus d’opportunités à ces débutants qui ont, à chaque génération, été essentiels pour redresser la barre et quitter le National par la bonne porte. Nous avons eu l’opportunité d’interviewer Stéphane Roche, ancien joueur de l’OL, Nice ou Caen, devenu directeur du centre de formation du DFCO en 2022 après être passé par ceux de Lyon et du PSG. Un CV impressionnant et une expertise indéniable, qui sont autant d’atouts stratégiques pour le club dijonnais dont la direction et le staff professionnel sont également alignés avec cette fibre formatrice.
Le Dijon Show : Bonjour Stéphane, nous avions hâte de vous rencontrer après la vague de signatures professionnelles au DFCO cet été, à tous les postes sur le terrain ! C’est une étape importante, mais ce n’est pas le bout du chemin, loin de là…
Stéphane Roche : « Oui, c’est une étape et il y en aura encore pour eux. D’ailleurs, ils ont réussi à en franchir d’autres avant le contrat pro, ce n’est pas arrivé du jour au lendemain mais c’est le fruit d’un parcours sur plusieurs saisons. En U17, en U19, en réserve et parfois sur deux catégories en même temps. On sent qu’il y a une émulation au club, il fallait lancer le système. Pour ça, il faut que les portes soient ouvertes, que la stratégie club et le staff professionnel soient en adéquation. Bien entendu, il faut aussi que tous les secteurs sportifs et éducatifs de la formation soient compétitifs pour permettre aux jeunes de mûrir et de se rapprocher de la fiabilité totale. »
LDS : Tout ce projet-là se monte avec une volonté commune à tous les étages. Si elle a pu être destructrice sur beaucoup d’aspects, la relégation en National n’a-t-elle pas forcé le DFCO à resserrer ces liens entre formation et football de haut niveau ?
SR : « À mon arrivée en 2022, j’ai lancé des projets dans le cadre de mon intégration, avec ma vision ancrée au niveau du club. On fait de la formation, à quoi cela sert-il s’il n’y a pas de débouchés et d’émergence en équipe professionnelle ? Là, il y a une grande évolution insufflée par la direction et par les valeurs des personnes recrutées, qui se retrouvaient dans ce projet-là. Très vite, au regard des difficultés financières, la question à se poser était celle des joueurs à mettre en lumière en accélérant un processus autant sportif qu’économique. Ça a été le cas avec Cyriaque Irié, avec Jules Stawiecki, Rayane Messi… Il a fallu répondre à ces impératifs économiques. Sur un temps très court, on a réussi à les mettre en avant, leur valeur intrinsèque était là et les offres ont suivi. La précarité du club a été ce qu’elle a été, mais elle a aussi permis aux bonnes personnes de se rendre compte que cela pouvait être finalement rentable de faire de la formation. Une fois cette étape franchie, la logique doit toujours être sportive. Comment emmener le maximum de jeunes dans l’effectif pro pour avoir un noyau local, du territoire, de garçons représentatifs de l’académie, de la ville et des investissements qui y sont faits ? C’était un travail de fond un peu plus soutenu, il fallait créer les conditions pour que ces joueurs-ci émergent dans le groupe. Aujourd’hui, un tiers de l’effectif est passé par l’académie (réserve comprise, NDLR.). On a des joueurs qui s’entraînent avec les professionnels, des joueurs qui sont capables de prendre le relais de certains titulaires dans le groupe pro et des joueurs qui à terme doivent être capables de devenir des valeurs sûres. Après l’étape de la rentabilité, nous sommes au stade de l’émergence de jeunes hommes du cru et on veut bientôt basculer sur la troisième phase : celle de la référence. »
« Le 100% de réussite n’existe pas, mais on fait tout pour que ça arrive à Dijon »
– Stéphane Roche
LDS : On a l’impression que les liens entre le Dijon FCO et les clubs de Bourgogne-Franche-Comté se sont resserrés ces derniers temps pour renforcer cet ancrage local, non ?
SR : « On sait que les parcours de formation peuvent prendre différents chemins. Par les centres de formation ou par les clubs amateurs. Je mets un point d’honneur à rester en éveil sur les profils de joueurs qui répètent les performances au niveau amateur. On avait commencé en ce sens avec le recrutement de Daniel Glao en provenance d’Is-Selongey. Axel Drouhin aussi qui est revenu en provenance de Gueugnon, il lui fallait un an de plus pour pouvoir saisir sa chance dans le monde professionnel. J’ai la conviction que les chemins qui peuvent mener au football de haut niveau ne sont pas uniquement liés aux centres de formation. C’est la majorité, mais il y a beaucoup de bons joueurs dans d’autres voies. Vous avez ainsi pu voir Anass Benyahya et Enzo Ketterlé (arrivés de l’ASPTT) devenir professionnels récemment à Dijon. »

LDS : Vous parlez d’Axel Drouhin, de Rayane Messi, on pense aussi à Davy Gui ou Yanis Chahid… Quatre joueurs qui ont pris des trajectoires opposées mais qui nous laissent une forme de regret, chacun à leur manière !
SR : « Si les joueurs partent pour un projet supérieur comme Axel Drouhin (à Annecy à l’époque), c’est une suite logique. Peut-être que d’autres sont partis alors que le DFCO leur proposait de rester ici et qu’ils ont fait un autre choix. On sait que les carrières sont faites de décisions stratégiques qui peuvent parfois être très bonnes ou contreproductives. Aujourd’hui et depuis 2022, il y a peu de joueurs que Dijon a laissé partir sans indemnité et qui ont réussi ailleurs. Et ceux qui sont choisis réussissent souvent. »
LDS : Hormis quelques exceptions, la réserve du DFCO compte très peu de joueurs expérimentés et affiche un visage très jeune en 2026-2027.
SR : « C’est un éternel recommencement ! Tous les ans voire toutes les deux saisons, on débute un nouveau cycle. Ce qui m’intéresse avec le DFCO B c’est de pouvoir voir en chacun de nos joueurs une possibilité, une chance d’émerger. Si on travaille de façon intense, précise, avec passion et patience mais aussi si les joueurs répondent aux exigences – dans la tête comme dans le corps, on imagine une issue positive pour chacun d’entre eux. Tous nos joueurs ont été recrutés sur des qualités fortes et un certain d’état d’esprit. On sait que le 100% de réussite n’existe pas, mais on fait tout pour que ça arrive à Dijon. Et on y croit jusqu’au bout. Un joueur comme Alexandre Duville-Parsemain, son destin chez nous s’est joué sur les toutes dernières semaines de la saison, au mois d’avril 2024, pour basculer dans le groupe pro. La formation, c’est ça, c’est cette patience et la capacité à saisir les opportunités. »
LDS : Comment allier au mieux l’intégration de joueurs prometteurs et l’optimisation sportive en vue de prendre des points, à tous les étages ?
SR : « On a pour vocation de façonner des joueurs et des hommes, avec des personnalités sportives fiables. Mais on se doit aussi de pérenniser nos équipes au niveau national pour que chaque génération puisse profiter du parcours le plus bénéfique possible en théorie. On doit toujours y croire à partir du moment où les joueurs s’entraînent dur tous les jours. Eux comme moi, nous gardons toujours à l’esprit qu’ils doivent être prêts à tout moment pour être surclassés ou au moins utiles au groupe professionnel, par l’enchaînement des matchs, des blessures et indisponibilités. Même sans jouer, ce sont des semaines qui leur permettent de se rapprocher du niveau attendu, de s’acclimater. »
Félicitations à Medy Huguenot, entraîneur de l’équipe réserve du DFCO, qui vient de décrocher son diplôme du BEFF après ce joli podium en championnat 👏👏
Une certification qui permet, entre autres, de diriger un centre de formation. pic.twitter.com/wJPQpBAdf6
— Le Dijon Show (@LeDijonShow) June 14, 2026
LDS : La formation au DFCO, c’est aussi pour le staff ! On sait que Medy Huguenot (entraîneur de la réserve) a obtenu cet été son BEFF (qui permet de devenir directeur d’un centre de formation, NDLR) et que le reste de le reste des éducateurs monte en compétences.
SR : « J’ai fait confiance à beaucoup de garçons du territoire pour qu’ils puissent se développer. Avant mon arrivée il y avait Christophe Point, puis Medy a bien pris le relais. En termes de responsables d’équipes, que ce soit Daniel Fezeu (U17 Nat), Sébastien Perrin (U19 Nat) ou Medy Huguenot, même Frédéric Sammaritano qui a pris un poste d’adjoint U18 en 2022 avant de devenir celui de Benoît Tavenot… On fait grandir les joueurs, mais aussi les formateurs. C’est ce qui a été notre force ces dernières saisons mais doit continuer à l’être, c’est important une équipe d’encadrants dynamique et représentative de ce qu’on veut être. Mario Savarino (adjoint de la réserve), il était à la préformation, Paulin Belguise (adjoint U19 Nat) était à la préfo, Yoann Richard (adjoint U17 Nat) aussi. Cet ADN, cette culture du travail au quotidien, à l’entraînement, se ressent aussi sur nos jeunes. Je suis très fier d’accompagner toutes ces personnes. »
LDS : Entre vos postes à l’OL, au PSG et maintenant à Dijon depuis plus de quatre ans, l’envergure n’est pas la même et les challenges différents également…
SR : « Bien sûr ! J’ai apprécié regarder cette Coupe du Monde parce que j’ai eu l’opportunité d’encourager beaucoup d’anciens garçons, que j’ai entraînés et accompagnés. Et en même temps, c’est ce dont je rêve pour les prochains avec qui je travaille aujourd’hui. Il faut déjà assumer les enjeux du DFCO, répondre aux défis qui se présentent avec un fort appétit. J’aimerais que le club grandisse et s’élève avec ces joueurs le plus longtemps possible, même si le facteur économique fait partie du football et du business. Même après avoir côtoyé des jeunes qui sont désormais au plus haut niveau en Champions League ou au Mondial, je reste très, très passionné et motivé en vue de faire atteindre ces sommets aux joueurs du DFCO. Qu’ils puissent à leur tour réaliser leurs rêves. »
Cette interview est la première partie d’une série de trois articles concernant la formation dijonnaise en 2026. N’oubliez pas de vous inscrire gratuitement sur le site du Dijon Show pour être averti par mail de la sortie de nos prochains travaux !
5 commentaires
Il est très réconfortant d’avoir les réactions d’un passionné et éducateur comme Stéphane ROCHE qui a connu de grand
club et qui arrive à faire de belle choses au DFCO.Bonne continuation et soyez fiere de votre travail.
Ça se ressent en discutant avec lui, il sait ce qu’il fait et il aime son métier. La passion, ça n’a pas de prix.
Chouette interview
merci
Davy guy
Je l’avais totalement oublié
Et le petit Chahid . Quelle erreur il a fait . Il serait titu en l2 si il avait prolongé
Le petit Mimoune va t’il percer ?
Gui est désormais titulaire en D1 portuguaise alors qu’il ne faisait presque que des entrées en jeu l’an dernier. Un vrai bon joueur pour lequel on peut regretter les gaffes dans le contrat – qui lui permettent de partir gratuitement !
Chahid me semble très mal conseillé. Déjà, partir de Dijon où tu es titulaire alors qu’on te propose de prolonger, ça n’est une bonne idée que si tu as au moins un club équivalent où aller immédiatement. Au final, personne ne l’a recruté selon ses conditions et il a dû se résoudre à aller à Châteauroux, dans un moins bon club, sans doute moins payé que la proposition dijonnaise… Et 15 mois plus tard il est encore sans club, en n’ayant joué que 11 matchs en plus d’un an. Des fois, un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras ».
En ce qui concerne Mimoune, il y a forcément beaucoup d’espoirs placés en lui mais contrairement à Dong pour ne citer que lui, je ne sais pas si la maturité physique et mentale sont déjà proches de celles attendues pour un joueur de haut niveau. Ça peut se débloquer très vite à cet âge-ci et il a encore un contrat jusqu’en 2029 donc il a le temps de se hisser au niveau de la Ligue 2.