DFCO Féminin : l’inquiétude persiste, le tribunal médiatique s’emballe

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Toujours empêtré dans une situation financière tendue, le DFCO tente de faire d’autres économies qui impacteront, entre autres, son équipe féminine en Première Ligue. Ce qui n’a pas manqué de faire jaser sur les réseaux sociaux…

Alors que le DFCO Féminin enchaîne les bonnes prestations avec régularité, la crise et le doute continuent de planer.
Alors que le DFCO Féminin enchaîne les bonnes prestations avec régularité, la crise et le doute continuent de planer (photo Vincent Poyer/DFCO).

La nouvelle a fait l’effet d’une petite bombe médiatique à l’échelle du football féminin et du DFCO en ce dimanche de Pâques : l’équipe féminine de Dijon, qui évolue au plus haut niveau national depuis 2018, est menacée de nouvelles restrictions budgétaires alors même qu’elle réalise la deuxième meilleure saison de son histoire. En effet, si la précarité de la situation de la S.A. DFCO était déjà connue de tous, le club a publié un communiqué partageant de mauvaises nouvelles ce dimanche 5 avril, incluant les nombreuses incertitudes sur l’avenir du centre de formation ainsi que de l’équipe première.

Comme révélé par Thomas Vichard pour Ici Bourgogne, le groupe anglais Sphera Partners avec lequel les négociations pour la vente de la section féminine sont les plus avancées n’aurait même pas encore réuni la moitié des fonds nécessaire pour le rachat du DFCO et des autres équipes (Levante et Sunderland sont citées) censées être regroupées sous la forme d’une multipropriété de clubs (MCO), comme Strasbourg et Chelsea avec Blueco, ou encore Troyes et Manchester City au sein du City Football Group. Pour l’heure, cette hypothèse semble compromise alors que Pierre-Henri Deballon en parlait avec davantage de confiance en 2025. Une autre entité américaine se serait signalée mais là encore, la passation est très loin d’être ficelée.

« En l’absence de repreneur, aucune garantie ne peut être donnée quant au
niveau de compétition des équipes pour la saison prochaine. »

Par souci de transparence envers ses supporters, Dijon a donc tenu à avertir que l’agrément du centre de formation féminin pourrait, dans certains scénarios, être volontairement abandonné pour permettre au club de faire des économies. Sans pour autant désengager forcément les équipes U19 ou U17 des compétitions auxquelles elles participent. Et de signaler entre les lignes que dans la pire des hypothèses, le DFCO pourrait ne pas repartir en Première Ligue en 2026-2027. Malgré un maintien sportif d’ores et déjà acquis avec la manière par nos vaillantes joueuses, qui pour la deuxième année de suite luttent en haut de tableau et sont même allées très loin dans les deux compétitions à élimination directe, tout pourrait potentiellement être remis en jeu si le budget de la saison prochaine ne permet pas d’assurer la continuité de l’équipe dans l’élite.

Des bouleversements à prévoir ?

Le plus grand danger, une rétrogradation d’un ou plusieurs échelons de l’équipe fanion, serait injuste vis-à-vis des joueuses. Le risque que cela se produise est encore faible mais il existe bel et bien. C’est le rôle du Dijon Show comme de tous les supporters du club de s’opposer à cette éventualité, qui priverait la D1F d’un fier représentant qui monte en puissance depuis ses débuts il y a huit ans et irait à l’encontre du principe de mérite sportif. Nous ne sommes pas dans les comptes de l’actionnaire principal, mais une nouvelle manœuvre de sa part pourrait éventuellement permettre au club de poursuivre au même niveau, s’il en a les moyens. Toutefois, nous savons désormais que le président ne souhaite pas vraiment remettre la main au pot une année de plus, après s’y être engagé de sa poche pendant deux saisons.

Voir une équipe si performante chuter et un groupe de joueuses aussi attachantes se séparer serait un crève-cœur pour les fans de cette équipe qui n’a rien à se reprocher. C’est pourquoi nous encourageons vivement M. Deballon à revoir ses positions… et d’autres acteurs du football, surtout s’ils sont locaux, à se manifester pour éviter qu’un tel sort s’abatte sur l’équipe féminine de Dijon ! Car soyons honnêtes, si les médias nationaux et voix influentes gravitant autour du football féminin français – vivement émus par l’affaire – n’ont pas hésité à sauter sur l’occasion pour accabler la direction du club de tous les maux dont le DFCO est victime, aucun n’apporte une solution concrète pour maintenir les choses en l’état.

Dans les faits, le football féminin en France est à genoux. La Fédération Française de Football, trop occupée à se féliciter des succès de l’OL sur la scène internationale (le dernier titre en Ligue des Championnes remontant tout de même à 2022, avant le rachat par YMK Holdings), n’a pas entrepris beaucoup de travaux pour rendre ses championnats pérennes. Et compte donc sur les clubs, c’est-à-dire des entités privées, susceptibles de faire faillite ou de réduire leurs investissements comme c’est le cas pour le DFCO, pour maintenir à flot une activité qui en plus de ne pas être rentable est surtout déficitaire par millions.

Longtemps, les clubs professionnels ont pu équilibrer les finances des équipes féminines grâce aux résultats des équipes masculines qui touchaient des droits TV conséquents. Mais depuis les échecs successifs de Médiapro et de DAZN, la Ligue 1 et la Ligue 2 sont exsangues. Les personnes responsables des sections masculines (bien souvent très mal gérées elles aussi) ont également dilapidé les apports exceptionnels de l’investisseur CVC prévus pour améliorer et assainir les structures, et leurs revenus sont aujourd’hui réduits à peau de chagrin. Si bien qu’a priori, aucun club de football professionnel en France n’est à l’équilibre avant mutations (c’est-à-dire avant de vendre des joueurs) en 2026.

Déséquilibre entre football masculin et féminin

Si ceux-ci peuvent compter sur le renom de la formation française pour soutirer des sommes à 7 chiffres ou plus aux clubs allemands ou anglais (en bien meilleure santé financière) pour leurs protégés, ce n’est pas le cas pour les clubs féminins pour qui le million est l’exception en transfert (les cas se comptent sur les doigts de la main) et le départ libre en fin de contrat, la norme. Surtout pour un club comme Dijon qui, selon toute vraisemblance, n’aurait officiellement vendu qu’une seule de ses joueuses (Malou Marcetto Rylov au Madrid CFF en 2024). Et pour une bouchée de pain, si nous comparons ce montant au déficit de l’équipe première.

En bref, alors que le DFCO est au sommet de la pyramide du football français et ne peut pas espérer générer beaucoup plus de revenus sauf qualification en Ligue des Championnes (ce qui nécessiterait des investissements colossaux pour se hisser au niveau du Paris FC, au minimum), les dépenses engendrées par le fonctionnement déjà relativement limité et prudent de la section féminine sont deux fois trop hautes pour lui permettre d’être à l’équilibre (3M€ de budget pour moins d’1,7M€ de revenus). Si aucun mécène ne se présente, en acceptant de perdre de l’argent tous les ans, si les pouvoirs publics (et surtout leurs électeurs) ne souhaitent pas que les impôts soient utilisés à cet effet, un retour à la réalité est nécessaire pour des questions de survie.

Dans un contexte peu évident, le DFCO féminin se démène pour décrocher de bons résultats.
Dans un contexte peu évident, le DFCO féminin se démène pour décrocher de bons résultats (photo Vincent Poyer/DFCO).

Un argument souvent avancé par les donneurs de leçon, à savoir l’absence de logique dans cette austérité imposée par la direction dijonnaise aux équipes féminines qui perdent trois à quatre fois moins d’argent que leurs homologues masculins alors qu’elles performent objectivement bien mieux, n’est pas recevable. Car le seul potentiel réaliste de croissance des recettes du DFCO féminin provient de la vente de billets et de la consommation les soirs de matchs. Des montants aujourd’hui très bas alors que le stade reste à conquérir. L’affluence la plus importante de la saison actuelle est la réception de Lyon (1374 spectateurs) alors que 50% des rencontres à Gaston-Gérard attirent moins de 560 personnes, invitations et abonnés tous inclus.

Or, si le club joue bien, fait front et gagne régulièrement mais peine toujours à attirer du monde malgré les efforts mis en place dans la communication et la promotion des matchs, peut-être que le public dijonnais n’est tout simplement pas réceptif au football féminin de haut niveau en club et qu’inverser la tendance n’est pas une mince affaire. Surtout quand les tarifs sont si abordables (entre 2€ et 5€ bien souvent). À l’inverse, si elles sont moins grandes qu’à une certaine époque, les possibilités de croissance de l’équipe masculine restent très nettement supérieures, entre les maigres mais essentiels droits TV en cas de retour en Ligue 2 ou plus haut, le retour de sponsors plus généreux, les affluences qui peuvent doubler voire tripler dans les plus grands soirs et surtout la mise en lumière de joueurs qui peuvent très rapidement être valorisés à plusieurs millions. Ces sommes bien plus importantes, qui ont été générées par le passé, sont celles qui ont permis à Olivier Delcourt, président du DFCO entre 2012 et 2024, d’accompagner également la progression de l’équipe évoluant en D2F puis D1F. Elle bénéficiait alors de davantage de moyens avant que le soufflé ne retombe, à cause de deux relégations en trois saisons… de l’équipe masculine.

L’autonomie pour seule issue ?

En bref, très peu souhaitent investir dans l’équipe féminine de Dijon (ni les acteurs privés, ni les collectivités locales), peu de gens s’y intéressent malgré quelques irréductibles supporters, mais beaucoup de monde surfe facilement sur la vague de la critique. Qui n’est pas toujours justifiée, alors que le président Deballon tente avant toute chose de sauver l’institution DFCO d’une liquidation judiciaire qui signifierait la disparition de toutes les équipes de haut niveau, de presque tous les emplois et le retour au moins temporaire au monde amateur. Un tel phénomène se serait d’ailleurs peut-être déjà produit s’il n’avait pas investi de ses fonds personnels il y a deux ans.

« Je ne vous cache pas que j’ai abandonné… On est en avril, c’est bientôt la fin de la saison et on n’a
pas de nouvelles. On doit avancer nous aussi, de notre côté. »
Noémie Carage, capitaine du DFCO.

À l’heure où des nouvelles potentiellement réjouissantes comme la montée espérée du DFCO masculin doivent nous permettre de tous nous rassembler autour du football dijonnais et de faire bloc, ne tombons pas dans la démagogie facile. Oui, nous voulons du football féminin de qualité à Dijon. Cela ne doit cependant pas être la seule responsabilité de l’actionnaire mais de tous les acteurs autour du club, de la Fédération aux sponsors, en passant par les supporters que nous sommes. Car sans un public qui lui serait propre, la pratique professionnelle du sport par les femmes de notre ville comme dans tout le pays ne franchira jamais ce palier symbolique de l’autosuffisance.

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Commentaires

5 réponses à “DFCO Féminin : l’inquiétude persiste, le tribunal médiatique s’emballe”

  1. Avatar de P. Bouvet
    P. Bouvet

    Voir l’article de W. Andreff sur la question du foot féminin en France qui montre, qu’à de rares exceptions prêts, le football professionnel féminin n’est tout simplement pas économiquement viable en France, à Dijon comme presque partout ailleurs !

  2. Avatar de Pascal Colom
    Pascal Colom

    Ce serait d’une cruauté sans nom car elles se sont defendues ert se battent toute la saison pour ce final !

  3. Avatar de Rémi LECHENAULT
    Rémi LECHENAULT

    La vraie question est :
    Pourquoi Mr Deballon a racheté le club alors qu’il n’a pas d’argent à investir ???
    S’il comptait en gagner entreprenant le club c’est qu’il n’y connaît pas grand chose au football d’aujourd’hui !

    1. Sans connaître les véritables desseins de PH Deballon puisque nous ne sommes pas dans sa tête, on sait tout de même que son objectif premier avant de faire de l’argent est de s’investir dans le sport dijonnais et l’événementiel dans sa ville natale (comme avec le Vélotour). Le DFCO est en grandes difficultés depuis sa descente en Ligue 2 et surtout en National et il a proposé son aide pour remonter la pente. Il y a eu des coups de main de l’agglomération, des sacrifices ont été faits pour les hommes comme pour les femmes, seulement un seul facteur va décider si oui ou non le Dijon FCO peut redevenir autonome et se financer lui-même, sans mécène pour l’accompagner : la réussite sportive de la section masculine. C’est désolant mais les femmes peuvent être 4e chaque année en D1F et elles perdraient toujours autant d’argent. Alors que si le DFCO masculin remonte un jour en Ligue 1, un équilibre est trouvable 🙁

  4. Avatar de Philippe et Ghislaine
    Philippe et Ghislaine

    Ce serait un énorme gâchis de voir disparaître cette merveilleuse équipe avec une équipe de staff qui se bat avec talent et abnégation à chaque match.
    Une progression constante depuis le début de saison, un réel plaisir de voir ce football féminin dans les gradins mal remplis de Gaston Gérard…
    Perso, je serai présent au stade pour les 3 prochains matchs, à Lyon et à Marseille… on leur doit bien ça. Respect et merci les filles pour ce que vous avez donné cette saison. Et s’il reste un petit espoir, on doit y croire…

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