Prêt à jouer chaque semaine en National, Samy Chouchane fait partie des ces membres importants du DFCO qui expliquent sa bonne place au classement général. Ambitieux et lucide, le jeune homme de 22 ans nous a parlé de l’actualité, de son style de jeu, de la Tunisie et de la course à la montée de Dijon dans une interview sans langue de bois.

Bonjour Samy, nous n’avons pas fait exprès mais on te rencontre juste après le licenciement de l’un de tes anciens coachs à Brighton, Robert De Zerbi, qui a quitté Marseille… Est-ce une surprise pour toi ?
C’est vrai que c’est l’actualité du moment ! De Zerbi, c’est un homme, un entraîneur vraiment passionné par ce qu’il fait. Je pense qu’il le démontre sur le banc de touche, mais il le montre encore plus à l’entraînement, ce que vous ne voyez pas, vous. Franchement, c’est l’un des meilleurs que j’ai pu connaître pour l’instant, dans ma courte carrière.
Beaucoup de monde voulait son départ de l’OM. Est-ce que c’est légitime selon toi ?
« C’est compliqué. Moi, j’ai toujours dit qu’il y a eu un bon « match » entre le club et le coach. Parce que Marseille, c’est une zone chaude et passionnée de foot et que lui, il est dans le même état d’esprit. Mais il est trop dur de dire si c’était la bonne décision ou non pour l’instant. »
À titre personnel, tu supportes une équipe en particulier ?
« J’aime bien le championnat anglais, mais je ne supporte pas un club spécifiquement, non. Allez, je vais dire le Barça parce que j’aime bien cette équipe, mais sinon, je n’ai pas de club de coeur. Je suis le football en général, je regarde beaucoup de matchs. »
Est-ce que tu es devenu supporter de Dijon depuis ton arrivée ?
« Oui, on peut dire ça ! Je suis du genre à pousser tout le monde, individuellement et collectivement en direction de la montée en Ligue 2. C’est ce qu’on a comme objectif, et on va tout faire pour. »
Qu’est-ce que tu connaissais de Dijon avant de signer ici ?
« Pour être honnête, je regardais les matchs de Dijon quand le club était en Ligue 1 oui. J’avais un ami qui habitait ici. J’étais beaucoup plus jeune, mais j’ai connu des joueurs qui sont passés par Dijon, des Tunisiens, surtout Oussama Haddadi. Alors je suis venu une ou deux fois, je connaissais un peu le stade avant de signer. J’ai connu la belle époque, on va dire. »

Tu sais que Naïm Sliti est le joueur préféré de beaucoup de supporters à Dijon, une icône ?
« C’est un très bon joueur ! Les gestes qu’il faisait sur les terrains de Ligue 1, c’est ça le football… »
Tu as pu discuter un peu du club avec Oussama Haddadi avant de signer pour de bon au DFCO ?
« Non, pas du tout. C’était plus pendant la sélection que j’ai passé du temps avec lui, c’est une très bonne personne. On en a parlé comme deux coéquipiers, mais pas du tout sur le plan footballistique. »
Comment est-ce qu’elle est arrivée, cette opportunité de venir à Dijon ?
J’avais une année en option avec Brighton. Mais on a décidé d’arrêter d’un commun accord. Cet été j’étais libre de contrat. J’ai pris mon temps, j’ai attendu de voir mes options à gauche et à droite, de voir ce qu’il y avait de cohérent pour moi, aussi. Je suis jeune et il me fallait du temps de jeu. Je ne voulais pas partir dans des pays où l’on me proposait le double au niveau du salaire, mais qui n’avaient pas de projet « foot » pour moi. J’essayais de trouver un projet cohérent. Dijon, c’était l’un des plus cohérents qu’on m’a proposés. Je ne suis pas du tout déçu de mon choix.
Il y a eu un essai avec Annecy en Ligue 2 à un moment, c’est bien ça ?
J’ai eu des opportunités. Soit à l’essai, soit des offres de clubs que j’ai refusées. J’ai fait mon choix : c’est à Dijon que j’ai posé mes valises.
Il t’a fallu un temps d’adaptation à la vie ici ?
Oui et non. On a l’habitude. J’ai quitté ma famille très tôt, à seize ans, pour partir en Angleterre. Il y a un temps d’adaptation, mais je m’y fais. Il faut reprendre ses habitudes, on va dire. Parce que quand on passe cinq ans en Angleterre, on adopte un mode de vie anglais, un style de travail anglais même. Et ça peut prendre du temps. Je m’y fais petit à petit. J’essaie de prendre des repères encore, de reprendre des bonnes habitudes que j’avais là bas, que ce soit en dehors et sur le terrain. On va dire que je m’épanouis petit à petit.
Quelles sont les différences majeures que tu perçois entre un grand club de Premier League et Dijon ?
C’est différent. Je pense qu’il y a des choses qu’on ne peut pas comparer, malheureusement, entre l’Angleterre et la France. Économiquement, ils ont le triple de ce qu’a la France aujourd’hui (si ce n’est plus, NDLR.). Tout est fourni. Tu as besoin de quelque chose, d’un suivi, de nourriture, tu as tout ce que tu veux. Même leurs modes de travail, que je ne connaissais pas au début, j’ai dû apprendre à les connaître. Au fil du temps, je me suis acclimaté à eux. J’étais comme un Anglais. En revenant en France, il faut reprendre le mode de vie français, retrouver le style de football français puisqu’ici il y a un style de jeu bien précis. Ça met du temps, à cause des automatismes. On avait tellement l’habitude, avec ce jeu de possession de De Zerbi, un style de jeu bien précis qui était basé sur sur la possession. C’était le ballon qui courait, pas nous. Quand en plus tu découvres un tout nouveau système de jeu, le 4-4-2 losange, il faut retrouver ses repères. Mais je travaille pour.
C’est un système rare en plus, que tu n’as pas dû trop croiser même lors de ta formation…
C’est atypique, on va dire. Mais quand c’est bien travaillé, ça marche bien. Il faut vraiment le comprendre, que ce soit avec ou sans ballon. Ça veut aussi dire qu’on n’a pas de joueurs offensifs de couloir. Comment les utiliser ? Il faut donc des déplacements sur les côtés, de l’activité de la part des latéraux.
Les quatre milieux ont ainsi beaucoup de responsabilités, et tu es capable d’évoluer partout dans ce losange !
Oui, n°6, 8 ou 10 ! J’ai été formé en tant que milieu défensif, j’ai joué numéro dix. À Brighton, j’ai fait tous les postes. Pour être honnête avec vous, j’aime bien avoir le jeu en face de moi pour pouvoir trouver des passes vers l’avant, des passes cachées.
Et au final, même sans Michaël Barreto ni Adel Lembezat, on trouve des solutions pour animer l’attaque.
Il y a un il y a un groupe élargi, avec de très bons joueurs, même ceux qui jouent très rarement. Il y en a qui jouent peu et qui poussent les titulaires à l’entraînement tous les jours. Même en perdant un élément majeur comme Adel, ça va laisser la place à d’autres joueurs qui vont se montrer, qui vont prendre leurs responsabilités.
𝗘𝗻 𝗺𝗮𝗶̂𝘁𝗿𝗶𝘀𝗲 😮💨
Samy pour le 3-0 ⚡️#DFCOUSC pic.twitter.com/UCKPmB1QFd
— Dijon FCO (@DFCO_Officiel) September 30, 2025
On ne peut pas s’empêcher de remarquer qu’il y a une vraie solidarité au sein de l’effectif, qu’on n’avait plus vue depuis la montée de Ligue 2 en Ligue 1 en 2015-2016… C’est ça aussi qui donne de tels résultats en National cette saison ?
Le talent, on va dire que c’est 10% de tout ça. Et le reste, c’est 90% de travail. Avec le talent, déjà, on ne peut pas gagner tous les matchs parce qu’il faut courir et être combatif. C’est ce qu’on fait de bien à chaque match, même si des fois on a des petits moments où le talent individuel opère, que ça vienne des latéraux, des milieux ou des attaquants… C’est ce qui fait que ça qui marche. Tout le monde donne son maximum, on se pousse les uns et les autres vers le haut, qu’on joue ou qu’on ne joue pas. D’une semaine à l’autre, on est assez interchangeables. On a un très bon groupe et je pense que c’est pour ça qu’on est à cette place aujourd’hui.
Vous pensez que vous êtes capables de rester dans le top 2 jusqu’à la promotion ?
C’est difficile à dire, il faut jouer les matchs les uns après les autres. Par exemple, on peut gagner 4-1 contre le Paris 13 Atletico et faire un match nul contre le dernier de National… Et ça ne veut pas dire que contre le Stade Briochin, on a mal joué. C’était un match assez compliqué avec un bloc bas qui nous attendait. On n’a pas réussi à trouver la faille. Il y aura peut-être cinq ou six matchs comme ça avant la fin de saison. Mais il ne faut pas se mettre de pression. Au final, notre plus gros adversaire, c’est nous-mêmes.
Comment expliquer le fait que votre parcours à l’extérieur est meilleur que celui à domicile pour l’instant ?
C’est compliqué quand une équipe vient à Dijon et que dès le coup d’envoi, son plan de jeu c’est de faire un bloc bas pendant 90 minutes… Quand tu n’arrives pas à marquer le premier but, ça se complique. C’est toujours le premier but le plus important. Et on ne va pas se mentir, aujourd’hui, quand des équipes viennent jouer à Dijon, le plan c’est de jouer bas tout le match. Il n’y a donc qu’une équipe qui joue. Malheureusement, pour un match de foot plaisant, il faut deux équipes. Si elles ne jouent pas le jeu, il n’y aura pas de mouvement et on aura du mal à trouver l’espace. Des fois, on a essayé fort mais quand même péché sur les trente derniers mètres ou sur des mauvais choix. Il y a des matchs comme ça qui sont durs à jouer. C’est ce qui nous attend, je pense, avec beaucoup de matchs importants qui arrivent prochainement.
« Si on gagne nos matchs, on n’aura même pas besoin de regarder ce que fait le reste du championnat. Le téléphone, tu peux le poser, désinstaller l’application, il n’y en a plus besoin » – Samy Chouchane (DFCO).
Tu n’étais pas encore là mais c’est une frustration qu’on traîne à Dijon depuis 2024, avec des équipes qui s’adaptent et font tout pour nous bloquer plutôt que développer leur style.
En effet, ils font des vidéos sur nous comme nous on fait des séances vidéo sur eux. Ils mettent une tactique en place pour nous bloquer, c’est à nous de les faire déjouer. Pour ça, il faut être créatifs, il faut jouer avec l’instinct parfois. Et éviter d’être trop scolaires.
En parlant de style et d’instinct, quel genre de joueur penses-tu être, toi ?
Je pense faire de mon mieux pour être le plus créatif possible. J’aime bien avoir le ballon, c’est pour ça que j’essaye de le demander le plus possible. J’essaye de jouer toujours vers l’avant en essayant de trouver des passes qui peuvent casser des lignes, des passes clés. Des fois, je me complique un peu la vie… Des axes d’amélioration, il y en a partout. Je pense qu’on peut toujours s’améliorer. J’aimerais avoir plus de buts ou de passes décisives. Sur le plan défensif, il faudrait que j’arrive à récupérer un peu plus de ballons, que je progresse dans les duels physiques.
La créativité tu sembles bien l’avoir, mais le plus dur dans le football ça reste la régularité non ?
La régularité, la confiance, l’épanouissement ! Ce sont des choses qui permettent d’avoir le déclic. Certains joueurs font des saisons en demi-teinte et l’année d’après survolent le même championnat.
La course pour la montée en Ligue 2 bat son plein, tout le monde suit activement les résultats des concurrents et personne ne décroche vraiment…
C’est sûr que c’est intense et qu’il serait mieux de se dire, deux ou trois journées avant la fin, qu’on est tranquille. On stresserait moins dans la dernière ligne droite. Mais pour l’instant, c’est impossible de se projeter et de dire ce qu’il se passera. Chaque match est important et chaque match est un match à gagner. Les victoires sont ce qui nous amènera le plus rapidement à notre objectif. Et si on gagne, on n’aura même pas besoin de regarder ce que fait le reste du championnat. Le téléphone, tu peux le poser, désinstaller l’application, il n’y en a plus besoin (rires).

Être champion de National, tu y penses dans un coin de ta tête ?
Ce serait magnifique, ça serait la cerise sur le gâteau. On fait tout pour aller chercher cette première place, ça serait super pour nous les joueurs comme pour vous, les supporters. Même si pour préparer les matchs, je pense que la place du « chasseur » est meilleure car les équipes qui viennent chez toi, quand tu es premier, elles veulent toutes te détrôner. Mais il faut montrer qu’on est différents de tout le monde. Il reste douze matchs à jouer, on a envie de montrer la solidité de Dijon. Un titre de champion, on n’en aura pas tous les ans. C’est magnifique et il y a des bons joueurs qui n’ont jamais pu en avoir. C’est très rare d’en avoir.Ça veut dire que quand on peut en décrocher un il faut en profiter, le savourer. Et avec ça, se retrouver tous l’année prochaine avec le plaisir d’évoluer dans un autre championnat.
Peux-tu nous parler de ta sélection tunisienne, et de la récente déception à la CAN ?
C’est rageant cette élimination contre le Mali ! Ce sont des choses qui arrivent. Malheureusement, je n’y étais pas et je ne peux pas me permettre de m’exprimer dessus, je ne peux pas savoir comment ça s’est passé à l’intérieur du groupe. Quand je me suis entraîné avec avec l’équipe A ou avec les jeunes pour les compétitions, j’ai toujours pris du plaisir. Aujourd’hui, c’est Sabri Lamouchi qui a repris la tête de la sélection. J’espère que pour la Coupe du monde, on verra une autre Tunisie, un autre visage de sa part. C’est ce qu’attendent les supporters.
Le Mondial 2026, c’est quelque chose qui te reste en tête avec les cartes rebattues par le changement de sélectionneur justement ?
Ah ! Je crois bien qu’une Coupe du monde, ça reste dans la tête de tout le monde ! Pour l’instant, il faut se focaliser sur le DFCO, parce que c’est ce que je fais en club qui va potentiellement m’emmener là-bas. Pas autre chose. Si j’y vais, c’est magnifique. Si je n’y vais pas, ce n’est pas grave, la prochaine c’est en 2030 et je ne serai pas vieux.
Pendant qu’on parle de ton avenir, est-ce que tu te projettes à Dijon à moyen terme ?
Oui, j’ai signé à Dijon pour deux ans et pour l’instant ça se passe bien. Je n’ai pas de raison de partir, ou de demander à aller voir ailleurs. En plus, si on arrive à monter et à jouer dans un championnat plus prestigieux l’année prochaine, c’est toujours plus intéressant. Je me donne à fond et c’est tout. Je me projette dans l’avenir, et j’espère que c’est pour longtemps ici.
Propos recueillis par @Novak et @Max.
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